Eileen Hofer

Eileen Hofer

A 15 ans je voulais déjà découvrir le monde. Mon premier arrêt un tantinet raté ? Un internat de jeunes filles catholiques à Thonon Les Bains. J’avais encore des boutons sur le visage et l’envie de vivre libre, d’avoir la peau caressée par la brume anglaise, le vent de Biarritz, la tempête des Caraïbes. Au lieu de cela, ma chambre possédait une fenêtre avec des barreaux. J’y suis restée 3 ans. Trois ans durant lesquels j’ai planifié ma sortie de prison au détail près. A 18 ans, j’ai vécu à Vienne, fréquenté des artistes, tenté de devenir peintre en suivant des cours aux Beaux-Arts. J’ai rencontré Michael Haneke et son acteur – jadis fétiche – Arno Frisch sur le tournage de « Funny Games ». J’ignorais encore l’existence du festival de Cannes. Et puis je suis partie direction Londres, puis l’Argentine, où j’ai appris l’espagnol en dansant le tango et en traversant l’impressionnante pampa à cheval.

Cap sur le sud, ces espaces infinis de la Terre de feu, et ces baleines au loin qui vous saluent. Le sud touché du pied gauche, il a fallu remonter direction le Mexique et fouler du pied droit cette terre Maya. En bus. En bateau. En avion. L’Amérique centrale, traversée, en évitant systématiquement les autoroutes pour touristes, j’ai porté mon sac au dos et rempli mon passeport de tampons : le Nicaragua, le Salvador, le Belize, le Guatemala, l’Honduras. Et j’ai surtout cumulé les piqûres et les arrêts par la case « docteur ». C’est un fait, je tombe toujours malade en voyage: amibes, malaria et j’en passe… Une manière de découvrir aussi les hôpitaux locaux.

Et puis le Mexique traversé d’une côte à l’autre, il a fallu rentrer en Suisse. Commencer l’université. Depuis les années, que dis-je, les décennies ont passé, je suis devenue attachée de presse puis journaliste puis cinéaste autodidacte.

Mon premier court métrage “Racines” (2008) a été présenté dans plus de 80 festivals (Locarno, Clermont Ferrand, Palm Springs) et a remporté une dizaine de prix. « Le deuil de la cigogne joyeuse » (Rotterdam, Angers, etc.) a remporté le prix du meilleur court métrage suisse de la relève 2010 Suissimage/SSA, “Soap Opera in Wonderland” a reçu la mention spéciale du jury à Amiens.

« He was a giant with brown eyes » tourné entièrement en Azerbaïdjan a été écrit, réalisé et produit en 9 mois. Sa première mondiale a eu lieu au festival international du film de Rotterdam en janvier 2012. Le film a été montré à Visions du Réel et IndieLisboa en avril 2012 et dans plus de 30 festivals dans le monde, il a gagné le prix de la meilleure réalisation au festival Femina de Rio de Janeiro avant de sortir en salles en Suisse en mai 2012.

Aujourd’hui, je signe « Horizons » un regard croisé sur trois danseuses classiques à Cuba. Trois générations. Trois forts caractères. Présenté en première au Festival de Visions du réel à Nyon, un des « Big Four » du documentaire, il a reçu une mention spéciale. Sa route commence à l’internationale. Ce film se complète avec « Nuestro Mar » un court métrage que j’ai autoproduit et aussi tourné à Cuba. En somme, j’ai bientôt quarante ans pas de mari, pas d’enfants et des plantes vertes en plastique de chez Ikéa alors pourquoi ne pas déployer mes ailes et faire un tour du monde la tête dans les nuages?

Cette passion du voyage, c’est mon oxygène. J’aime me perdre dans les ruelles d’une ville, d’un village, m’arrêter chez des gens, discuter avec des enfants, des personnes âgées de leur histoire intrinsèquement liée à celle de leur pays. J’ai toujours eu envie de raconter une ville au travers d’une rencontre. Ce blog va retracer un an de voyage et de rencontres. Un an de choix et de coups de coeur : du luxe des lofts new yorkais aux favelas brésiliennes, de Hollywood en Mésopotamie. En voiture Simone !

— Eileen Hofer


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